Suite aux nouvelles directives de la santé publique, c’est avec beaucoup de tristesse que nous vous annonçons aujourd’hui que le Théâtre de Quat’Sous doit mettre un terme à la saison en cours.

 

 

→ À quelle heure on meurt? – 14 avril au 9 mai / reporté
→ Le Salon de la découverte de Mani Soleymanlou - 4 mai / reporté
→ Hidden Paradise – 13 au 23 mai / reporté
→ La soirée-bénéfice à la Cabane Au Pied de Cochon – 22 mai / annulé
→ Les Auditions générales – 25 et 26 mai / reporté

Bien que nous soyons terriblement désolé·e·s de la situation, nous sommes toutefois convaincu·e·s que c’est la meilleure décision à prendre dans les circonstances actuelles. Dans les prochaines semaines, nous allons réfléchir à toutes les options et solutions éventuelles et vous tenir au courant de la suite des choses.

Si vous possédez des billets pour l’un ou l’autre des évènements suspendus, nous communiquerons avec vous  bientôt pour vous proposer différentes options.

Nous profitons également de l’occasion  pour remercier tous ceux et celles qui ont offert la valeur de leur billet pour la pièce Courir l’Amérique en don au Théâtre PÀP. Cette solidarité envers les différents organismes  du milieu culturel nous touche particulièrement en cette période d’incertitude. Merci.

D’ici là, prenez soin de vous et de vos proches. Les beaux jours reviendront, apportant une nouvelle saison théâtrale tissée de cette expérience humaine et signifiante qui nous aura tous et toutes marqué·e·s à jamais.
 

L’équipe du Quat’Sous

Un mot d'Olivier Kemeid

Directeur artistique du Théâtre de Quat'Sous

 

 

Continuer sans oublier

Aux spectatrices, aux spectateurs, aux artistes, aux autrices, aux auteurs, aux travailleurs de la culture, aux techniciennes de scène, aux citoyens et citoyennes de notre Cité,

Le Théâtre de Quat’Sous ferme temporairement ses portes mais ne se rend pas. Il ne meurt pas. Il n’a pas baissé les bras, et pas un seul virus sur cette planète, aussi virulent soit-il, n’en viendra à bout.

Notre théâtre de l’Avenue des Pins occupe les murs d’une ancienne synagogue, lieu de rassemblement d’un peuple qui a vécu parmi les épisodes les plus tragiques de l’histoire de l’humanité. Toute notre équipe se nourrit de la résilience historique qui habite nos murs ; elle est une exigence morale envers laquelle nous n’avons pas le droit de défaillir.

À l’heure où j’écris ces lignes, il est encore trop tôt pour savoir si nous sommes en train de vivre, comme l’a dit le premier ministre du Québec, « la bataille de notre vie ». Mais il est clair qu’il s’agit d’un moment décisif. Qui n’est pas touché de plein fouet? Qui peut, privilèges ou pas, se sentir en dehors de la tourmente qui bouleverse nos vies? La suspension du temps est une exigence de silence, mais aussi une condamnation à l’absence, au report, à l’annulation et dans certains cas à la mort. Celle de dizaines, peut-être de centaines de milliers de personnes à travers le monde, et en regard de cela toute autre considération devient mineure, secondaire ; c’est à ces victimes que je pense en ce moment, et à qui nous devrons, après la crise, rendre hommage. Je ne sais pas si nous écrivons pour les morts, comme le pensait le dramaturge allemand Heiner Müller, mais le théâtre sera là pour témoigner, soyez-en assurés.

Puis il y a la mort d’innombrables projets, auxquels nous avons consacré tant de temps, d’énergie, d’espoir. Mais tout n’est pas perdu. La suspension du temps finira un jour, et nous reprendrons nos activités, non pas comme si de rien n’était - continuer n’est pas oublier - mais encore là, encore debout, encore vivants.

La Grande Peste de 1348 n’a pas empêché l’humanité de continuer à produire des chefs-d’œuvre artistiques. Shakespeare lui-même a dû renoncer à la scène, à deux reprises au moins, lorsque des épidémies de peste forcèrent la fermeture des théâtres londoniens ; mais à chaque fois le barde de Stratford est revenu en force sur les planches élisabéthaines. La grippe espagnole a emporté Guillaume Apollinaire, mais pas la poésie. Et la tragédie ultime des camps nous a prouvé que même au coeur de la nuit la plus profonde, l’art est demeuré une nécessité. Pour les émetteurs comme pour les récepteurs: les ondes continueront de se propager, bien au-delà du virus tueur.

Nous aurons besoin plus que jamais de nous réunir, de nous rassembler, nous qui sommes condamnés à l’atomisation, à la séparation, à la distanciation. Le virtuel, si souvent décrié, est devenu un remède efficace en temps de crise, il est vrai, pour briser les solitudes. Mais le besoin de réel, de lieu commun où des humains parleront à des humains, sera criant, quel que soit l’horizon de nos confinements.

Ce jour-là le Théâtre de Quat’Sous sera là, et il ouvrira grand ses portes.

La sentinelle, cette lumière de scène qui reste allumée même après la fin de la représentation, et qui rassure dans le noir, garde vivant notre espoir : jamais elle ne s’éteindra.

Crédit photo : John Londono