Mot du directeur artistique

Qui a le pouvoir dans la Cité ?

Qui habite la Cité? Qui êtes-vous? Que dites-vous, que lisez-vous? Voilà le genre de questions lancées lors de la programmation de ma première saison à la barre du Quat’Sous. Je ne prétends pas avoir cerné toutes les réponses possibles, loin s’en faut, mais j’ai voulu pour cette deuxième saison approfondir notre lien avec le corps social : « Mais qui a donc le pouvoir dans la Cité, et de quel pouvoir parlons-nous?»

Pouvoir. Le mot peut faire trembler : on y sent tout de suite les bras tentaculaires de l’État, ce monstre froid, qui inévitablement influence nos vies; on peut y voir aussi les tentacules – pour rester chez les pieuvres – de celle ou celui qui cherche à dominer, voire à maitriser le corps d’autrui... Mais ce serait oublier que le mot « pouvoir » est également un verbe, et qu’il appelle à la liberté, ou du moins à l’élargissement de l’horizon : pouvoir, c’est être capable, détenir la faculté, exprimer une possibilité, avoir la permission, entrevoir une éventualité. C’est définir un désir : ah, si le théâtre pouvait changer le monde !

La saison

Les spectacles de la saison expriment les possibilités, les tentatives, les essais, couronnés de succès ou d’échec, de femmes et d’hommes à la recherche de nouvelles avenues.

Annick Lefebvre pose la question de manière frontale dans ses Barbelés: qui parle lorsque nous prenons la parole ? Qu’est-ce qui en nous s’exprime, qu’est-ce qui relève de l’authenticité la plus pure ou du discours social, et surtout quel est le prix à payer pour une telle prise de parole – de surcroit lorsqu’on est une jeune femme ?

Du pouvoir de la parole, nous passons ensuite au pouvoir économique : ce n’est ni plus ni moins que l’histoire de la fondation du capitalisme que décrit l’auteur italien Stefano Massini dans sa vaste fresque Chapitres de la chute – La saga des Lehman Brothers. En relatant l’histoire de l’immigration aux États-Unis des frères Lehman, juifs originaires de Bavière, jusqu’à la crise des subprimes de 2008, Massini s’attaque aux fondements mêmes de notre système économique, social, politique... et culturel!

L’automne se termine sur une radioscopie du pouvoir confié aux femmes : Souveraines, de Rose-Maïté Erkoreka, nous dévoile les moments historiques où des femmes ont régné, d’Isabelle de Castille à Hillary Clinton en passant par la reine Victoria... et Pauline Marois! Comment s’exprime le pouvoir lorsqu’il est conjugué au féminin? Est-il condamné à être masculin? Comment règne-t-on lorsqu’on est une femme ? C’est à ces magnifiques et complexes questions que s’attelle Rose-Maïté Erkoreka et la troupe de la Banquette arrière.

Au cœur de l’hiver, Jérémie Niel conduit un collectif d’artistes sur le sujet du pouvoir de la peur, de la culpabilité dans une pièce intitulée Noir; le tout dans une esthétique propre à sa compagnie Pétrus : un jeu hyperréaliste, la présence de la nuit, des sons lointains...

Changement d’ambiance avec le spectacle de notre chère compagnie résidente, le Théâtre PÀP : Première Neige (First Snow) est le fruit de plusieurs années de collaboration entre le PÀP, le National Theatre of Scotland et Hôtel-Motel. Des auteurs écossais et québécois se sont réunis pour ausculter le pouvoir politique des deux... pays? Provinces? Régions? Le seul fait de devoir nommer les entités « Québec » et « Écosse » peut nous mettre dans l’eau chaude ! Au menu : identités morcelées, blessures de l’Histoire, souveraineté, nation, territoire, mondialisation.

Enfin, nous terminons la saison sur ce qui constitue sans doute le premier pouvoir, et la fondation même de toute Cité : le couple. Et c’est donc le classique par excellence de l’étude de couple que nous présentons : Scènes de la vie conjugale de Bergman, adapté au théâtre et mis en scène par James Hyndman – dont les lectures publiques au Quat’Sous continuent de drainer les foules !

Nous vous invitons donc à plonger avec nous dans les tourbillons du pouvoir, certes, mais aussi dans l’infini champ de possibilités qu’offre l’esprit humain : car « être capable de... », n’est-ce pas là le début d’une éventuelle magnifique aventure ? On a tout de suite envie de lui accoler certains mots, pour affirmer par exemple « être capable de grandes choses ».

Car si nous ne sommes plus capables de nous imaginer ainsi, plus rien ne sera possible, non ?

Olivier Kemeid
Directeur artistique et codirecteur général

Crédit photo : Maxyme G Delisle

Nous vous invitons donc à plonger avec nous dans les tourbillons du pouvoir, certes, mais aussi dans l’infini champ de possibilités qu’offre l’esprit humain : car « être capable de... », n’est-ce pas là le début d’une éventuelle magnifique aventure ? On a tout de suite envie de lui accoler certains mots, pour affirmer par exemple « être capable de grandes choses ».

Car si nous ne sommes plus capables de nous imaginer ainsi, plus rien ne sera possible, non ?

- Olivier Kemeid